Simplifier les reconstructions esthétiques en composite avec CLEARFIL™ MAJESTY™ ES-2 Universal
Article réalisé par le Dr. Clarence Tam HBSc, DDS, FIADFE, AAACD
UN COMPOSITE SUPER CAMÉLÉON
INTRODUCTION
La dentisterie esthétique et restauratrice moderne repose sur le concept d’esthétique responsable. L’objectif du traitement est généralement de corriger les déficits structurels et esthétiques des dents, qu’ils soient d’origine biologique ou traumatique, par la mise en place précise et artistique de différentes couches de remplacement, tout en respectant et en préservant un volume maximal de structure dentaire résiduelle. Les dents antérieures peuvent être affectées par des dysplasies de l’émail et de la dentine, des caries ou des conditions sclérosantes. Elles présentent une multitude d’affections d’origine génétique ou environnementale, générant un déficit esthétique pouvant compromettre l’intégrité fonctionnelle et psychosociale de l’individu s’il n’est pas corrigé pour restaurer une apparence harmonieuse et saine.
La structure dentaire manquante ou altérée doit être analysée en distinguant ses composants émail et dentine. Ces deux tissus sont fondamentalement différents : l’émail est hautement minéralisé, tandis que la dentine est plus riche en collagène. Cette dernière joue un rôle essentiel dans la réfraction de la lumière, l’expression de la couleur réelle de la dent (teinte et chroma), ainsi que dans la résistance à la fracture et la performance fonctionnelle. La valeur et la chroma sont principalement influencées par l’épaisseur de l’émail.
Le remplacement de l’émail est idéalement réalisé par des restaurations indirectes collées en céramique, tandis que la dentine peut être efficacement substituée par des résines composites ou des composites renforcés par fibres courtes (SFRC), ces derniers améliorant la résistance à la fracture dans les restaurations volumineuses, notamment en zone cervicale critique.
Chez les patients adolescents, le standard de référence reste la résine composite directe, car elle nécessite peu ou pas de préparation tissulaire. L’utilisation de restaurations indirectes serait peu adaptée durant la croissance dentaire et gingivale. De plus, le composite permet une adaptation et une modification ultérieure, notamment en cas d'éclaircissement dentaire ou de traumatisme supplémentaire. Les restaurations en céramique, bien qu'esthétiques, présentent une moindre prévisibilité de modification et un risque accru de défaillance marginale après thermocyclage, malgré l’utilisation d’agents de silanisation.
PROBLÉMATIQUE
Les teintes dentaires en dentisterie sont traditionnellement classées selon le guide VITA* Classical A1–D4. Malgré son usage universel, les systèmes de composites ne correspondent pas toujours fidèlement à ces teintes de référence. Des études ont montré qu’un mélange de plusieurs teintes est souvent nécessaire pour obtenir une correspondance acceptable. Même les systèmes céramiques indirects présentent des écarts significatifs par rapport aux teintes du guide VITA*.
La majorité des dents humaines se situe dans la famille A (78,5 %), suivie des familles C, D et B. Ainsi, la précision chromatique d’un système composite est essentielle pour garantir une intégration esthétique naturelle.
DÉVELOPPEMENT DE L’EFFET CAMÉLÉON
De nombreux composites dits « universels » présentent un effet caméléon acceptable grâce à l’équilibre entre translucidité, diffusion lumineuse, indice de réfraction et propriétés optiques. Toutefois, ces propriétés peuvent évoluer après thermocyclage et stockage humide, pouvant altérer l’intégration esthétique initiale.
L’indice de réfraction est optimal lorsque celui des charges inorganiques est proche de celui de la matrice polymérisée (environ 1,47 à 1,52). Un déséquilibre entraîne une augmentation de l’opacité par réflexion et réfraction accrue à l’interface charge-matrice.
La stratification du composite est complexe, notamment pour masquer les défauts internes, les lignes de fracture et les variations chromatiques, tout en recréant les effets optiques naturels (translucidité incisale, halos, mamelons).
Une approche histoanatomique impose de remplacer l’émail par des matériaux à teinte émail et la dentine par des teintes dentinaires adaptées. Cette sélection doit être réalisée en début de séance, car la déshydratation - même légère - modifie significativement la perception des teintes.
DÉVELOPPEMENT PRODUIT
CLEARFIL™ MAJESTY™ ES-2 est un composite super-nanofillé basé sur une approche simplifiée couvrant 15 teintes VITA* en seulement 4 options universelles. La gamme Universal propose quatre variantes : Universal (U), Universal Light (UL), Universal Dark (UD) et Universal White (UW), offrant un concept de correspondance chromatique optimisé.
Le matériau contient des nanocharges de verre de baryum silanisé et des nanoclusters de silice, offrant une excellente résistance à l’usure et une faible abrasion antagoniste. L’indice de réfraction des charges et de la matrice est optimisé afin de reproduire le comportement optique de l’émail et de la dentine, grâce à la technologie de diffusion de la lumière (LDT).
Des études montrent une stabilité des propriétés optiques après vieillissement artificiel et thermocyclage, ainsi qu’une stabilité colorimétrique supérieure à certains composites de référence sur plusieurs années. Cette stabilité est essentielle pour maintenir l’intégration esthétique face aux agressions alimentaires et environnementales.
PROTOCOLE CLINIQUE
Fig. 1. Vue préopératoire du sourire en ratio 1:2, montrant les dents 11 et 21 présentant d’anciennes restaurations composites défectueuses avec une chromaticité excessive.
Le jour de l’intervention, la teinte pré-déshydratée a été évaluée à l’aide des clés de teinte « composite réel » fournies dans le système CLEARFIL™ MAJESTY™ ES-2 Premium, la teinte émail retenue étant WE (White Enamel) et la teinte dentine WD (White Dentin). Il a été déterminé que des effets blancs « maverick » ainsi qu’un effet halo modéré étaient souhaités, associés à une translucidité modérée à forte au niveau de la fenêtre incisale.
Fig. 2. Une matrice Mylar pré-crimpée a été à nouveau utilisée au niveau de la face DIBP de la dent 21 afin de fermer l’espace disponible. CLEARFIL™ MAJESTY™ ES-2 Universal UL a été utilisé dans cette étape.
Le blocage des extensions de composite contre la structure dentaire naturelle a été réalisé par opacification à l’aide d’une résine composite opaque (WD, CLEARFIL™ MAJESTY™ ES-2 Premium, Kuraray Noritake Dental Inc.), appliquée en couches horizontales et verticales successives. Il est à noter que la ligne de jonction de la restauration doit être totalement masquée à la fin de la stratification du volume dentinaire, faute de quoi le cas présente un risque quasi certain d’échec esthétique. L’anatomie dentinaire interne et ses variations inhérentes ont été reproduites en miroir de la dent 21, laquelle présentait une fenêtre incisale peu altérée avec des détails encore intacts. Un composite hautement translucide (Clear, CLEARFIL™ MAJESTY™ ES-2 Premium, Kuraray Noritake Dental Inc.) a été appliqué entre les lobes des couches dentinaires puis photopolymérisé. Un mélange de teintes composé de 9 parts de blanc pour 1 part d’orange a été placé au niveau du bord incisif et des angles proximoincisifs afin de recréer l’effet halo. Un pigment blanc pur a été délicatement appliqué sous forme de fines ramifications évoquant des « pattes d’araignée » reliant les mamelons dentinaires jusqu’au bord incisif afin d’apporter du réalisme. L’ensemble a été stratifié en respectant fidèlement l’anatomie et l’apparence de la dent 21.
Fig. 3. Des incréments de composite dentinaire horizontaux et verticaux ont été réalisés, en reproduisant fidèlement l’anatomie de la dent controlatérale.
Fig. 4 & 5. Résultat postopératoire immédiat après finition et polissage.
DISCUSSION
La valeur esthétique de ce cas repose fondamentalement sur la technologie des résines composites à plusieurs niveaux. La stabilité des couleurs et des propriétés physiques dans le temps doit être démontrée afin de permettre au clinicien d’avoir confiance dans le pronostic du traitement. Plus précisément, le matériau doit présenter un indice de réfraction parfaitement adapté, ainsi qu’une stabilité face à l’eau et aux contraintes liées au thermocyclage, sans altération de ses propriétés optiques ou mécaniques.
*VITA is a trademark of VITA Zahnfabrik, Bad Sackingen, Germany
Dentiste :
CLARENCE TAM
Clarence est originaire de Toronto, au Canada, où elle a obtenu son Doctorat en chirurgie dentaire (DDS) ainsi que son internat en pratique générale à l’Université de Western Ontario et à l’Université de Toronto, respectivement. La pratique de Clarence est limitée à la dentisterie esthétique et restauratrice. Elle est largement publiée dans la presse dentaire locale et internationale, rédigeant des articles, assurant des revues scientifiques et participant au développement de produits prototypes ainsi que de techniques en dentisterie clinique. Elle intervient également très régulièrement en tant que conférencière internationale. Clarence est l’ancienne présidente immédiate de la New Zealand Academy of Cosmetic Dentistry. Elle fait actuellement partie des deux seuls praticiens en Australasie à détenir le statut de membre accrédité et certifié par le board de l’American Academy of Cosmetic Dentistry.
Clarence est Opinion Leader pour plusieurs entreprises dentaires multinationales, notamment Kuraray Noritake, J Morita Corp, Henry Schein NZ, Ivoclar Vivadent, Dentsply Sirona, 3M, Kerr, GC Australasia, SDI et Coltene. Elle est également la seule Voco Fellow en Australie et en Nouvelle-Zélande. Elle est titulaire du statut de Fellow au sein de l’International Academy for DentoFacial Esthetics et est une personne passionnée et accessible, engagée dans une approche interactive avec les patients dans l’ensemble de ses cas afin de maximiser la prédictibilité des traitements.
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